Je connais Cristina de Guillot. Elle habite aux Etats-Unis. Je l’ai exposée à Miami en 2010 (Exposition What if… à l’Alliance française). C’était sa première exposition « importante » aux USA.

Ce qu’elle dit des collages est révélateur de son travail (et à bien des égards, l’idée des « indices » qu’elle évoque m’est très familière, « indices » que j’expérimente dans mon propre travail).
« Mes collages révèlent des indices grâce à l’utilisation de mots écrits intégrés ou même cachés, ainsi que des références à l’iconographie, des allusions, des clins d’oeil, des aperçus, des respirations, des citations récurrentes, des subversions ou des notes de bas de page. Certains de ces indices proviennent de chefs-d’œuvre et sont incorporés dans mon travail, qui suit son propre chemin et dit et joue librement au jeu d’appropriation postmoderne.

Mon vocabulaire visuel est construit à partir de mots, d’objets trouvés, d’images du passé et de nombreuses icônes, de diverses manières. Mais je ne veux pas m’exposer, ni trop m’expliquer, je laisse le spectateur deviner et j’accepte tous les commentaires sur mon travail.
J’aime utiliser les techniques mixtes parce qu’elles permettent d’utiliser différents supports dans la création d’une œuvre. Cela donne une grande variété et, par conséquent, le spectateur peut vivre une expérience plus riche. L’œil découvre les multiples couches présentes dans une œuvre mixte. Ma dernière exposition s’intitulait « Et si »… J’aime imaginer des « Et si… » C’est ma façon d’élargir les idées, au-delà des pensées philosophiques. C’est un exercice d’imagination où j’apprends à capturer les idées, à les cultiver et à les célébrer.
Le « Mixed Media » est fréquemment utilisé pour exprimer des opinions politiques ou des déclarations sociales. Il est populaire dans le monde de l’art contemporain parce qu’il mélange des formulations visuelles et conceptuelles. Il provoque des réactions et fait naître des émotions et de l’ironie. Tout au long de ma vie, j’ai consigné mes expériences en me rendant compte que les souvenirs s’estompent avec le temps. Ils m’aident à libérer l’artiste qui est en moi, la muse enfantine qui a besoin de temps en temps d’avoir les coudées franches pour jouer… juste pour voir ce qui se passe. » (C. de Guillot)
L’art du collage (mais aussi l’écriture, celle que je pratique en tous les cas) est une suite d’indices, des lignes de balises à repérer, à suivre et à interpréter. Ce qui serait les lignes de fuite de la signification, singulière et multiforme.
(Extrait de Origines, HC, 2021-2024)