SUR LES COLLAGES

Comment je suis venu à l’art pictural, aux collages, à cet attrait pour l’image bien que toute mon écriture est à l’opposé du visuel ? Quel rapport entre toutes ces collections d’images (peintures, illustrations, photos, collages…) et mon travail d’écrivain ? Il y a un rapport entre l’oeil, l’image, la vision, la main, la bouche, le langage, la parole. Quel est-il ? Entre les « suites » et les collages, qu’est-ce que je cherche tant il me semble que quelque chose m’échappe dans ces actes de création ?

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Saison – Monument Valley – MV357

Que ce soit pour un texte ou pour un collage, il m’apparait que la recherche porte sur l’équilibre des compositions scripturales ou picturales. Je ne dis pas la « bonne composition » mais son équilibre interne, les rapports de force (ou de faiblesse) qu’entretiennent les éléments entre eux, leur proximité, leur éloignement, leur paradoxe, l’incertitude à en comprendre leur rapprochement et en dégager un sens (la question du « message » étant d’une autre nature). La question n’est pas « qu’est-ce que j’ai choisi de dire ? » mais, d’abord, « qu’est-ce que j’ai choisi d’assembler ? »

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Saison – Monument Valley – MV126

Reste pourtant à décrypter l’interaction entre les différents éléments tant nous sommes prompts à rechercher des significations entre éléments disparates assemblés, ce que que je tente rarement. Chaque élément est à sa place, c’est l’équilibre de la composition. Je m’en satisfais à ce stade

(Extrait de Origines, HC, 2021-2024)

LA NUIT DANS LES IMAGES

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La vie regorge de fausses portes, de seuils inaboutis et de dénis. Seul le jardin porte le deuil de la main qui lui fait subitement défaut et de l’œil aveugle.

Passionnément éphémère.

Dans le bout de ciel qui sert de repère, nous avons placé les démiurges bleus et noirs qui sèment et récoltent pour nous sans rien demander en échange et nous cherchons, pas toujours en vain, l’entrée des pièges et les chausses-trappes des feux brûlants du monde. Comme si l’errance nous allait, comme si nous n’étions pas des êtres doués d’imagination ou d’espoir. C’est sans surprise que nous allons ainsi de digue en rive, de rive en berge, de berge en place jusqu’aux prochaines îles qui sont les souffles essentiels de notre respiration qui nous laisse vivants, toujours vivants sur les seuils de nos histoires.

Où les images s’effondrent, il reste l’œil qui voit au-delà de ce qu’elles signifiaient, l’œil qui balaie nous rapproche de ce qu’elles auraient pu révéler, qu’elles révèleront quand notre œil exercé saura se passer de leur matérialité. L’œil est la vision.

Je suis dans un assemblage de silences et de souffles. Debout et recroquevillé sur les arpents d’un jardin en espalier. Il faut d’abord hésiter à toucher, puis siffler, danser peut-être. Réhabiliter le geste enfantin du semblant. Et s’approcher. S’interposer entre la réalité et la fiction. Devenir un point d’appui, la corde tremblée d’une respiration.

Les rêves ont parfois des intentions hésitantes, des directions inavouables. Alors on les oublie ou on rétablit les divergences, on s’installe dans des dissonances de couleurs et de tons qui sont les rêves mêmes. Alors on va au détriment de nos plaisirs, même les plus anodins. On quémande, bien sûr, à tort.

En aval, la réserve de réel, en amont, les errements de la fiction, de bas en haut, les frontières étagées des songes, les grappes de ce qui reste des rêves en vrac. De la pure mécanique, en musique. Des fugues et des fugues comme échappatoires, déambulations et départage des sons, ce que le rythme retient et oublie et défait pour recommencer. Toute partition est un jeu d’écriture, réitéré et reconnu, en partie reproduit puis parfois en continu dans le déroulé d’un ciel qui s’ouvre qui était fermé.

Ce que l’on a oublié n’est pas fini.

(30/04/2023 – Sur la Saison 5 de Monument Valley, 2017)