TROUVER LA PENTE

A l’origine de mes collages, un souci d’équilibre et un moment d’assemblage des tensions qui me permettront, plus tard, d’écrire. Le collage est un avant goût, non pas du texte à venir, mais de l’attention que je mettrai à trouver son rythme, ses allants et ses ruptures, sa pente en somme. Mise en état fait d’amoncellements et d’arrangements, mise en perspective des échafaudages et des chapiteaux, recherche des coutures et du brochage. Je coupe, découpe, recoupe et superpose. J’engrange des textures, des couleurs, du noir, du blanc, des opalines qui vont s’éteindre, des bleus qui feront un ciel, des feux qui reprennent et qui balisent des visions qui accumulent d’autres visions, parfois ombres, parfois saillantes. Je suis à la hauteur des paysages que j’imagine. Je ne les écris pas, je les compose.

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MV1030

Collages et suites ont des finalités différentes, racontent des histoires qui ne se rejoignent pas. Aux uns le ciseau, la colle et les lignes qui dressent les perspectives, les rapprochent et les courbent, aux autres le stylo, la feuille et la recherche des accidents qui fondent le sens, le heurtent et le contraignent. Et pourtant ! N’y-a-t’il pas, au fond, le souci d’exécuter la même partition, d’exercer la même emprise du faux vers le vrai, de sortir de la fiction pour entrer dans le réel ? Assembler des images ou écrire consiste à franchir la ligne qui nous sépare du réel et qui, sans cela, ne serait pas. Nous ne sommes rien d’autre que cet élancement qui tente d’atteindre le réel. En entrant dans le monde, nous entrons dans un musée en perpétuelle transformation. Nous sommes la seule preuve du réel.

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MV1019

Rien n’est jamais acquis à l’homme : ni sa force, ni sa faiblesse ni son coeur, dit le poète. La magnificence est là, dans ce dilemme entre le tout et le rien du tout.

SAUL LEITER

Saul Leiter est un amant contemplatif, le passant intuitif et patient des esquisses urbaines, toutes débordées des ballets colorés qu’elles soulèvent et qui ne retombent pas.

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Saul Leiter

Il redessine mes rêves, accroche aux cimaises un clair-obscur fragmentaire tout entier réminiscent, tout entier à fleur de peau. Je remplissais des cahiers avec ses photos, refaisant les trajets de Lanesville aux rues embuées de New-York. J’étais le passant et l’amant lointain. Voir est une activité négligée, dit-il.

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Saul Leiter

Dans Le tiers regard, j’écris : Nous sommes des poussières de lumière et nous n’en profitons pas. Voilà l’ombre, la fiction est une errance et le réel une libération. Il n’y a ni retour, ni retenue et l’encre noire des feux résurgents répare le ciel, efface l’absence, esquisse le mouvement et ébranle les sentiments. C’est la leçon des promenades de Saul Leiter ancrée dans ma mémoire.

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