Saul Leiter est un amant contemplatif, le passant intuitif et patient des esquisses urbaines, toutes débordées des ballets colorés qu’elles soulèvent et qui ne retombent pas.

Il redessine mes rêves, accroche aux cimaises un clair-obscur fragmentaire tout entier réminiscent, tout entier à fleur de peau. Je remplissais des cahiers avec ses photos, refaisant les trajets de Lanesville aux rues embuées de New-York. J’étais le passant et l’amant lointain. Voir est une activité négligée, dit-il.

Dans Le tiers regard, j’écris : Nous sommes des poussières de lumière et nous n’en profitons pas. Voilà l’ombre, la fiction est une errance et le réel une libération. Il n’y a ni retour, ni retenue et l’encre noire des feux résurgents répare le ciel, efface l’absence, esquisse le mouvement et ébranle les sentiments. C’est la leçon des promenades de Saul Leiter ancrée dans ma mémoire.