Le magnifique travail de Francesca Woodman !
Autodérision et solitude. Les deux vont ensemble / Solitude de l’autodérision / Autodérision de la solitude. La conséquence c’est un effacement, une altération progressive du corps et de la vision du corps. Disparaitre dans les murs, devenir le mur, être inséparable. Se séparer d’une vision possible strictement humaine.
Toute la question de la représentation de la disparition, de ce qui n’est pas montré, qui est là, parfois en filigrane, parfois dans l’arrière-fond invisible qui sert de décor.

Les horizons finissent par disparaitre, avalés par des bouts de mer, de terre ou de ciel, abrités de la division des perspectives qui se rattrapent mais s’écartent d’une vision juste. Tout est possible : les débords, les crues des couleurs sur les lignes de ce qui reste d’orée visible, l’excès d’organisation pour tenter de comprendre ce qui disparait. Laissons cette avance au paysage, être parfois une ombre, bientôt dispersée, en dissolution.

Ce qui reste du désir, ce sont des ombres, des silhouettes, quelques reflets dans un miroir au tain décousu, où rien de bouge que les traces de l’effacement, si on regarde bien, si on observe jusqu’à pleurer. Alors les larmes deviennent aussi des ombres.
Ce que l’artiste ne dit pas, ce sont les attentes et les atermoiements, les longues glissades dans un vide sans couleur ou opalin ou suffisamment léger pour ne rien retenir, ce sont les hésitations, le mal au dos, les instants qui se referment brutalement. Dans son rêve, un rideau rigide, une porte de garage moderniste, un pan entier de gris se ferme en oblique sur les visions qui naissaient.
Mais l’artiste n’est pas naïf.
La vérité est ailleurs, si vérité il y a.
(Extrait de Origines, HC, 2021-2024)