A l’origine de mes collages, un souci d’équilibre et un moment d’assemblage des tensions qui me permettront, plus tard, d’écrire. Le collage est un avant goût, non pas du texte à venir, mais de l’attention que je mettrai à trouver son rythme, ses allants et ses ruptures, sa pente en somme. Mise en état fait d’amoncellements et d’arrangements, mise en perspective des échafaudages et des chapiteaux, recherche des coutures et du brochage. Je coupe, découpe, recoupe et superpose. J’engrange des textures, des couleurs, du noir, du blanc, des opalines qui vont s’éteindre, des bleus qui feront un ciel, des feux qui reprennent et qui balisent des visions qui accumulent d’autres visions, parfois ombres, parfois saillantes. Je suis à la hauteur des paysages que j’imagine. Je ne les écris pas, je les compose.

Collages et suites ont des finalités différentes, racontent des histoires qui ne se rejoignent pas. Aux uns le ciseau, la colle et les lignes qui dressent les perspectives, les rapprochent et les courbent, aux autres le stylo, la feuille et la recherche des accidents qui fondent le sens, le heurtent et le contraignent. Et pourtant ! N’y-a-t’il pas, au fond, le souci d’exécuter la même partition, d’exercer la même emprise du faux vers le vrai, de sortir de la fiction pour entrer dans le réel ? Assembler des images ou écrire consiste à franchir la ligne qui nous sépare du réel et qui, sans cela, ne serait pas. Nous ne sommes rien d’autre que cet élancement qui tente d’atteindre le réel. En entrant dans le monde, nous entrons dans un musée en perpétuelle transformation. Nous sommes la seule preuve du réel.

Rien n’est jamais acquis à l’homme : ni sa force, ni sa faiblesse ni son coeur, dit le poète. La magnificence est là, dans ce dilemme entre le tout et le rien du tout.