ÉLÉGIE

Oh, love, why do we argue like this?
I am tired of all your pious talk.
Also, I am tired of all the dead.
They refuse to listen, so leave them alone.
Take your foot out of the graveyard,
They are busy being dead.

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Harry Gruyaert

Everyone was always to blame:
the last empty fifth of booze,
the rusty nails and chicken feathers that stuck in the mud on the back doorstep,
the worms that lived under the cat’s ear
and the thin-lipped preacher
who refused to call
except once on a flea-ridden day
when he came scuffing in through the yard
looking for a scapegoat.
I hid in the kitchen under the ragbag.

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Harry Gruyaert – Marrakech. Shaded streets of the medina. 1977.

I refuse to remember the dead.
And the dead are bored with the whole thing.
But you – you go ahead,
go on, go on back down into the graveyard,
lie down where you think their faces are;
talk back to your old bad dreams.

A Curse Against Elegies by Anne Sexton (1928-1974)

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Anne Sexton

Ma génération n’a pas posé de question. Elle a suivi le cours des choses sans se laisser imposer ni le poids du passé ni les exhortations d’un futur soi-disant radieux. Mais le cours des choses lui a échappé et le présent a attendu un bonheur qui n’est pas venu. Ma génération a vécu d’illusions. Elle se repose maintenant des leurres qui l’ont bercée. Elle se repose et s’en veut de ce qu’elle n’a pas vu, des à-côtés emplis d’ombres et de rêves disparus, de vrais rêves vivants qui attendaient de naître, laissés pour compte. Il lui reste les larmes qui n’ont pas roulé.

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Katrien De Blauwer

Le reste a été construction de partitions, révélation des répétitions explosives du langage, ajustement progressif des images aux visions épurées de l’époque, assujettissement des pensées à des lignes de plus en plus droites, oubliant que les détours, les allers et les venues, les courbes, les retours, les pas de côté en somme, sont les seules voies possibles. Aucune prise de risque au bord des falaises, aucune attention aux attendus d’une nature qui se retournait lentement contre nous. Nous avons ignoré ce que nous sommes, rien que du vivant dans le vivant, sans poids et sans autre valeur que celle d’être. Nous avons négligé ce cadeau. Mais nous y sommes allés à l’instinct, ce qui nous sauva.

(Extrait de Origines, HC, 2021-2024)

FRANCESCA WOODMAN

Le magnifique travail de Francesca Woodman !

Autodérision et solitude. Les deux vont ensemble / Solitude de l’autodérision / Autodérision de la solitude. La conséquence c’est un effacement, une altération progressive du corps et de la vision du corps. Disparaitre dans les murs, devenir le mur, être inséparable. Se séparer d’une vision possible strictement humaine.

Toute la question de la représentation de la disparition, de ce qui n’est pas montré, qui est là, parfois en filigrane, parfois dans l’arrière-fond invisible qui sert de décor.

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Francesca Woodman, From Space, 1976

Les horizons finissent par disparaitre, avalés par des bouts de mer, de terre ou de ciel, abrités de la division des perspectives qui se rattrapent mais s’écartent d’une vision juste. Tout est possible : les débords, les crues des couleurs sur les lignes de ce qui reste d’orée visible, l’excès d’organisation pour tenter de comprendre ce qui disparait. Laissons cette avance au paysage, être parfois une ombre, bientôt dispersée, en dissolution.

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Francesca Woodman

Ce qui reste du désir, ce sont des ombres, des silhouettes, quelques reflets dans un miroir au tain décousu, où rien de bouge que les traces de l’effacement, si on regarde bien, si on observe jusqu’à pleurer. Alors les larmes deviennent aussi des ombres.

Ce que l’artiste ne dit pas, ce sont les attentes et les atermoiements, les longues glissades dans un vide sans couleur ou opalin ou suffisamment léger pour ne rien retenir, ce sont les hésitations, le mal au dos, les instants qui se referment brutalement. Dans son rêve, un rideau rigide, une porte de garage moderniste, un pan entier de gris se ferme en oblique sur les visions qui naissaient.

Mais l’artiste n’est pas naïf.

La vérité est ailleurs, si vérité il y a.

(Extrait de Origines, HC, 2021-2024)